jeudi 22 janvier 2026 – 18:00

Matthieu Gafsou

Artistes régionaux
Vernissage

Matières à vivre, échanges de regards

Galerie C - Neuchâtel

Peut-être la poésie est-elle la vérité inattendue. Son apparition requiert le silence. L’architecture a pour tâche artistique de donner forme à cette attente silencieuse.
- Peter Zumthor

L’art et l’architecture sont des disciplines qui entretiennent depuis toujours un lien étroit et complexe. Loin d’être nouveau, ce dialogue s’est construit au fil du temps à travers des influences réciproques, parfois marquées par la tension, la concurrence ou la fascination mutuelle, jusqu’à l’idéal de l’œuvre d’art totale, où les disciplines se confondent et se complètent. Investissant l’espace, le temps, la matière et l’usage, l’art et l’architecture développent des langages et des intentions distinctes qui explorent souvent des questionnements similaires.

A l’occasion des 30 ans du bureau GD architectes, basé à Neuchâtel, cette exposition propose de célébrer ce lien en invitant des artistes à créer une œuvre en dialogue avec l’un des projets architecturaux réalisés par le bureau d’architecture : la passerelle dans les Gorges de l’Areuse, le stade de la Maladière, l’Hôpital de Riviera-Chablais, la Halle de sport la Riveraine, les Stades Tissot-Arena à Bienne, l’IDHEAP à Chavannes-près-Renens et bien d’autres encore. Une proposition volontairement déstabilisante : offrir un bâtiment existant, qui est pensé, construit, achevé, comme point de départ à une démarche artistique. Cette contrainte singulière invite à aborder l’architecture autrement, non plus comme un objet figé ou purement fonctionnel, mais comme une matière vivante, chargée de récits, d’usages, de transformations et de mémoires.

Cette invitation révèle à quel point l’architecture et l’environnement, bâtis ou naturels, occupent une place centrale dans les préoccupations de nombreux·ses artistes. Pour Lukas Hoffmann, Christian Lutz, Matthieu Gafsou ou encore Robin Wen, l’espace construit devient un terrain d’observation privilégié, révélant les liens entre forme, paysage, usage et perception. Le bâtiment n’est plus seulement un cadre, mais un sujet à part entière, parfois interrogé dans son insertion territoriale, parfois dans sa relation au corps, à l’image ou à la nature environnante.

Au fil des trente années de conception, les projets de GD architectes ont traversé le temps. Ils ont été habités, traversés, appropriés, transformés par celles et ceux qui y vivent, y travaillent ou les fréquentent. Les artistes sont ainsi invité·es à opérer une forme de déconstruction du projet achevé, à en dévoiler les dessous, les couches invisibles, les intentions initiales comme les usages réels. En posant un regard neuf sur ces architectures, ils et elles interrogent ce qu’il advient d’un bâtiment une fois livré, lorsque l’œuvre architecturale se confronte à la réalité quotidienne.

Pour certain·es artistes comme Guillaume Chesnel, Fiona Djukanovic, Gian Losinger ou Michael Rampa, cette confrontation fait avant tout émerger des préoccupations esthétiques. La forme, la matérialité, les lignes, les couleurs, la lumière ou les volumes deviennent des points d’ancrage pour une interprétation sensible de l’architecture. Chez Tiziano Foucault-Gini, ce sont davantage les symboles véhiculés par l’architecture, ainsi que son histoire et les récits qu’elle porte, qui nourrissent l’interprétation. D’autres démarches s’inscrivent dans une réflexion plus sociologique, où forme et fonction sont mises en relation. Chez Claire Frachebourg, Maude Schneider, Benjamin Pfeiffer ou Peter Aerschmann, l’architecture devient un outil d’analyse des usages, des comportements et des dynamiques sociales qu’elle génère ou accueille. Denis Roueche introduit quant à lui une touche d’humour avec ses sculptures qui jouent sur ces décalages entre forme et fonction. Pour d’autres artistes, le lien entre art et architecture constitue un socle permanent de leur pratique. C’est le cas de Nicolas Darrot ou encore de Malik Jeannet, dont l’installation, d’échelle architecturale et complètement fonctionnelle, est conçue comme une oeuvre à vocation sculpturale, manifestant ses recherches systémiques sur la façon dont nous envisageons nos relations avec notre environnement immédiat. Jonathan Delachaux, quant à lui, pousse cette réflexion plus loin encore en développant une œuvre basée sur la réalité augmentée, donnant à voir la dimension situationnelle et architecturale du lieu à travers une expérience immersive qui superpose réel et virtuel.

À travers cette diversité de propositions, l’exposition met en lumière la richesse des regards artistiques portés sur l’architecture, non pas comme un objet clos, mais comme un processus ouvert, en constante interaction avec le temps, les usages et les individus. Ces interventions artistiques invitent ainsi à repenser notre relation aux espaces que nous habitons, et à considérer l’architecture comme un champ d’expérimentation, de projection et de questionnements qui évoluent sans cesse.

Détails Site Itinéraire

Galerie C

Espl. Léopold-Robert 1a

2000 Neuchâtel