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Smallville

Artistes régionaux
Exposition

Smallville

Home sweet Labyrinth. Une exposition de Benoît Jeannet

Smallville - Neuchâtel

Home sweet labyrinth

Zut, on est perdus.

Pas de panique, ça a l’air plutôt simple. Sur la carte, deux coordonnées sont stabilobossées.

Am Friedrichshain 13, Prenzlauer Berg.

19, rue des Trois-Bornes, Paris.

Deux points sans lien apparent. Deux culs-de-sac. Pas de quoi tracer un triangle.

Et pourtant, ces points sont associés à des peintres. La première adresse fut celle de Benoît Jeannet. La seconde, celle où naquit Alfred Sisley, en 1839.

Rien, a priori, ne les rapproche. Leurs toiles confirment même l’écart : quelques fleurs, une confiance excessive dans la couleur, et c’est à peu près tout.

Mais la coïncidence persiste.

J’ai séjourné dans ces deux lieux et passé dans chacun une nuit mémorable. Dans le 11e, un hurlement glaça mes rêves ; au matin, je découvris sous l’immeuble un soupirail donnant sur un magasin ésotérique spécialisé dans le vaudou.

À Prenzlauer Berg, ma femme me réveilla en sursaut, hallucinée par sa découverte. Dans le reflet nacré de sa trousse de toilette argentée venait d’apparaître le sombre personnage historique à la petite moustache rectangulaire. Frange peignée, regard fiévreux. Tout y était.

Coïncidence ?

Benoît Jeannet a depuis quitté cet appartement. Je revois les tulipes, le vase élégant, ce homard en laisse accroché au mur et une grande toile vierge où le soleil barbouillait des ombres — sans savoir ce qui existait vraiment et ce qui appartient déjà à son tableau Vase, fleurs & cigarettes.

C’est peut-être là que commence le labyrinthe.

Chez Benoît, les objets familiers ne quittent jamais tout à fait la maison. Cendriers, cafetières italiennes, aspirateurs qui piquent feu, meubles, jeux d’échecs : on les reconnaît, mais quelque chose a dévié. Les couleurs enflent, les volumes deviennent suspects, les objets tournent en bourrique la perspective.

On croit connaître la maison. Puis on ne sait plus très bien dans quelle pièce on se trouve.

On tourne en rond.

Home sweet home devient Home sweet labyrinth.

Benoît vit toujours quelque part à Berlin — inutile de chercher l’adresse sur la carte, je ne la connais pas — et enseigne régulièrement la photographie à l’ECAL. Il tatoue à droite, à gauche.

Pour l’ouverture de la programmation d’automne de Smallville, il faut revenir en arrière. Remonter le labyrinthe. Reprendre les indices.

Une batterie — peut-être celle de Christian Rosa.

Un jeu d’échecs aux pièces bariolées.

Une moto-cross de traviole.

Voilà qu’une trappe octogonale s’ouvre dans la cimaise blanche.

Benoît est de retour.

Pas à Am Friedrichshain 13.

Pas à Paris.

À la maison.

À Smallville.

Rue des Peureuses 6B.

Détails Site +41786610270 Réservation Itinéraire

Smallville

Chemin des Péreuses 6B

2000 Neuchâtel