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Avec la Société des Amis des Arts de Neuchâtel

Galerie C

Visite guidée : le lieu de nous où toute chose se dénoue

Galerie C - Neuchâtel

Le lieu de nous où toute chose se dénoue. Mathilda Olmi, Françoise Pétrovitch et Małgorzata Stankiewicz du 09.09 - 23.10.2021 à la Galerie C - Neuchâtel


Mercredi 06.10.21, 18h - Visite guidée en collaboration avec la Société des Amis des Arts de Neuchâtel


La rentrée 2021 inscrit dans nos coeurs les 10 ans d’existence de la Galerie C - Neuchâtel. Nous restons fidèles à notre intuition éprise et entamons cette saison 2021-2022 en tissant la trame du nous, de cet espace-temps réel mais nous échappant incessamment.

Il s’agit de nommer la recherche de liens qu’implique le nous, et toute les déliaisons qui vont de pair. Ce va-et-vient incertain, comment et où cela se noue et se dénoue. Car dans nouons-nous, il y a des pensées nouées et noueuses. Incertain et diffus, le nous implique inlassablement la formule de l’hospitalité. Il s’agit d’un je dilaté, qui désire, ou non, s’inscrire dans les mots de cet autre qui n’est pas soi mais qui le façonne de manière diffuse. (1)

Quel est le lieu de nous où toute chose se dénoue dont Aragon pare la fin de son recueil “Les chambres: poème du temps qui ne passe pas ?” Le pronom nous s’institue en lieu d’un dénouage, d’un dénouement, noeud de liens qui libèrent, de lignes de vies qu’on laisse filer et qui laissent partir.(2)

Le nous, entre espoir et tourment est invoqué dans le travail des trois artistes invitées. Mathilda Olmi (Suisse, 1991), Françoise Pétrovitch (France, 1964) ainsi que Małgorzata Stankiewicz (Pologne) aménagent des opportunités de rencontres, nomment les liens d’un battement au sein duquel se détache et se lie le nous.

Avec Rosa Canina, Mathilda Olmi déploie un corps-langage qui s’abstrait de toute conformité. Épineux, tenace et fleurissant là où bon lui semble, l’églantier ou rosier des chiens, se pare pourtant de délicates fleurs qui, sauvages, ne tolèrent pas d’être dérobées. Entre intimité et réalisme, la photographe suisse se départit de toute objectification: elle révèle l’expérience corporelle féminine dans sa complexité et sa vulnérabilité face au temps. Les roses sauvages fleurissent dans les bois, clame Monique Wittig dans “Les Guerillères”(3). C’est d’une clameur dont il est également question chez Mathilda Olmi: les corps s’épanouissent au-delà du déploiement photographique et se propage alors dans nos imaginaires les bribes d’une puissance invaincue.

S’il n’est pas question de narration à proprement parler dans le travail de Mathilda Olmi, Françoise Pétrovitch s’absout également d’un récit établi. Le double, l’enfance et l’adolescence - ainsi que la cruauté qui caractérise ces instants de vie - sont l’amorce de la peinture et du dessin chez la plasticienne française. Les corps de Françoise Pétrovitch s’absolvent d’un contexte, ils naviguent dans un espace irrésolu, un monde qui glisse comme le font les souvenirs. Rendre tangible les traversées des êtres et livrer des fragments sont autant de possibilité de rencontre dans l’oeuvre. Au détour d’un regard, la fragilité ainsi que la violence du monde qui entoure les protagonistes de Françoise Pétrovitch, se rapportent à la beauté qu’elles engendrent malgré tout. Accueillir ce qui doit advenir par l’entrelacs de nos êtres.

Dans cry of an echo, Małgorzata Stankiewicz livre le terrible frisson d’un nous fragmenté. En 2016, le ministre polonais de l’Environnement, Jan Szyszko approuve l’extension de l’exploitation forestière de Białowieża, la dernière forêt primaire d’Europe. Alors que la dévastation est imminente, la photographe polonaise se rend à Białowieża afin de saisir l’irremplaçable. Les images qui en découlent s’agencent comme le cri silencieux de l’artiste. Małgorzata Stankiewicz fait subir aux photographies divers procédés révélant symboliquement le mal infligé à un milieu naturel pourtant unique. Au delà de l’image, la photographe établit un espace qui semble n’appartenir à aucun présent, si ce n’est celui de la dissolution. Alors que notre présent est toujours plus défini par un certain rapport à la perte, Małgorzata Stankiewicz rend tangible l’obscurité qui s’empare petit à petit tant de son être que de la forêt.

Envisagez cette exposition comme une piste. Une piste à suivre non pas pour définir formellement ce qui nous noue, mais pour tenter de nommer des liens. Plutôt que d’être dans l’identification, il s’agit d’une tentative d’entrevoir le nous comme un mode d’hospitalité.